Ciné-RH: fiction ou réalité?

Avec En Guerre, Stéphane Brizé signe un nouveau film traitant des relations conflictuelles entre syndicats et Direction, et du climat social qui règne au sein du monde du travail. Ce genre de film tend à ne pas refléter la réalité, mais plutôt à se concentrer sur un point obscur de celle-ci. Serait-ce une énième prise de position de la part du monde cinématographique?

 

Des films inspirés des conflits sociaux

Réaliser un film, c’est bien sûr prendre position, et donner un point de vue. Bien souvent, lorsqu’un film traite des Ressources Humaines, ou, de manière plus large, des relations sociales au travail, le réalisateur choisit de parler du mal-être ouvrier. Il est donc rare de se placer du point de vue de la Direction ou des Ressources Humaines.

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Cependant, il faut avouer que les films s’inspirent bien souvent de faits réels. Par exemple, Vincent Lindon, l’acteur principal d’En Guerre, a déclaré que le réalisateur s’était inspiré des images de désespoir des salariés d’Air France déchirant la chemise de leur DRH lors d’une bousculade, pour imaginer son film. Celui-ci montre donc les causes du désespoir des employés qui peuvent les pousser à tout tenter pour sauver leur travail, quitte à (attention, spoiler!) s’immoler par le feu devant les locaux de la Direction. En Guerre est un exemple de la non-communication qui règne au sein de certaines entreprises, et peut expliquer conflits et débordements.

Dans le même temps, nous avons La Loi du Marché, même réalisateur, même acteur principal, qui traite des difficultés rencontrées par un chômeur: charges du quotidien, factures à honorer, regard des autres… Le temps qui passe, l’arrêt des allocations et l’instinct de survie face à ce cercle vicieux qu’est le chômage poussent le héros de l’histoire à accepter tout poste.

 

Les « films-RH » véhiculent des stéréotypes

Mais qu’en est-il des Ressources Humaines? Là aussi, elles en prennent pour leur grade.

Deux films sont à retenir, car ils traitent pleinement de ce domaine. Le plus ancien, Ressources Humaines, montre un transfuge de classe confronté à ses racines lorsque, engagé au service des Ressources Humaines dans l’usine où travaille son père, il doit faire face à un dilemme moral : celui d’annoncer à son père qu’il est renvoyé de l’usine. Ce film décrit la douleur du personnage, et ce que son évolution dans la société implique en termes de sacrifice et de responsabilités.

Ici, les Ressources Humaines sont un milieu froid, lié à la frustration du personnage principal. Ce film retrace bien une fiction, car rares sont les fois où un fils devient le supérieur direct de son père. Cependant, le réalisateur Laurent Cantet insiste bien sur les émotions des personnages, et c’est ainsi que Frank passe pour le salaud qui trahit sa famille.140482

Dans le même registre, Corporate de Nicolas Silhol avec Lambert Wilson, passe maître dans le registre dramatique. En effet, cette fois-ci, on peut se demander si ce film est tiré des pires situations du monde de l’entreprise, ou s’il n’est pas tout simplement une caricature des ressources humaines. La directrice du personnel, « brillante et froide », affronte, seule, lâchée par sa hiérarchie, le suicide d’un cadre de l’entreprise. Son moyen de défense est d’avouer les méthodes de harcèlement de la Direction envers les salariés.

Corporate imagine l’inhumanité propre aux ressources humaines, et la solitude de la fonction et du manager.

 

Vers une représentation plus juste du monde des RH

Le cinéma, cet art grand public, ouvre la voie à une représentation des Ressources Humaines comme un monde froid, inhumain et sans pitié en occultant de nombreux aspects de la fonction. Pourquoi s’acharner de cette façon envers cette fonction?

Le cinéma choisit, lorsqu’il traite du monde du travail, de se concentrer sur une vision unilatérale, celle de la souffrance, des salariés en conflit avec leur Direction, de manière à faire réagir le public, qu’il soit d’un côté ou de l’autre du conflit.

Après tout, étudiant dans ce domaine, on pourrait se dire que mon avis ne peut être que subjectif. Il serait bon de constater un panel plus grand de films sur l’entreprise dans ce qu’elle a de bien, d’humain. Étrangement, je n’ai jamais vu les Ressources Humaines de manière si sombre, mais plutôt comme un milieu intermédiaire entre la direction et les salariés, chargé du dialogue entre ces deux entités, et de l’accompagnement du salarié, de l’entrée à la sortie de l’entreprise.

Nous devrions voir plus de films traitant des réussites de salariés après formation au sein de leur entreprise, pour prouver qu’il existe des sociétés qui accompagnent leurs salariés. Nous devrions voir transparaître la volonté de l’entreprise d’évoluer quant à la formation, aux recrutements et à l’accompagnement des nouveaux talents à leur arrivée. En fait, le cinéma pourrait, en contrepartie de ces films à la vision si noire, raconter des success story.

 

Théo Dumont

Sources:

Raphaëlle Dormieu, « Vincent Lindon explique ce qui a inspiré le film « En guerre ». (VIDÉO) », Positivr [en ligne],18/05/2018, URL: https://positivr.fr/vincent-lindon-festival-cannes-film-en-guerre/

Solène Dubourdieu, « Merde la DRH », Blog Celsa RH, 12/12/2016, URL: http://celsa-rh.com/2016/12/merde-la-drh/

 

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